D-A-D + 69 EYES au Forum

D-A-D + 69 EYES au Forum
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Arrivée très tôt devant la très jolie salle du Forum de Vauréal, j’ai constaté qu’il y avait d’autres dingues déjà présents. De jeunes courageux bravaient la froidure et le crachin pour être certains de faire la barrière. C’est beau la jeunesse ! Personnellement, après m’être cassé le nez sur la porte de la bibliothèque en face qui avait le mauvais goût d’être fermée le jeudi, j’ai patienté dans la douillette chaleur d’une boulangerie toute proche mais un peu cachée, un thé, des chouquettes et un bon livre à portée de main.

J’y fus rejointe par un couple charmant qui, bien qu’ils ne devaient pas être nés en 90, connaissaient le Glam et le Hard FM des Nineties presque mieux que moi. Des collectionneurs de vinyles, qui plus est. Ils avaient découvert D-A-D au Hellfest et se faisaient une joie de les revoir.

Nous nous sommes acheminés ensemble vers l’entrée et avons vu lentement arriver la longue file d’attente avant l’ouverture des portes. Le concert serait donc bien fréquenté et en effet, la salle était bien pleine. Certains patientaient encore dans les bouchons avec l’espoir d’arriver avant la fin du premier set.

Alors que mes collectionneurs se demandaient s’ils ne seraient pas les seuls jeunes dans la pièce, il fallait constater qu’ils étaient certes minoritaires, mais vraiment pas isolés. On dira ce qu’on voudra, mais le genre se renouvelle. Et si les gars dans notre genre refusent de lâcher la barrière, il y a une génération qui arrive derrière qui brûle de savoir comment ça se passait dans le temps, quand KREATOR et MOTLEY CRUE dominaient le monde. Et ça, c’est carrément réjouissant.

Un public mélangé donc, et composé à parts égales de fans de 69 EYES et de D-A-D. Et souvent de fans des 2 groupes. Pour ma part, ce n’est pas la première fois que je vois ces artistes, mais si j’ai abandonné 69 EYES à son triste sort après quelques morceaux live (je venais de me prendre deux uppercuts nommés CRASHDIET et HARDCORE SUPERSTAR juste avant), j’assistais ce soir à mon troisième set de D-A-D, une fois au Z7 et une fois à l’Atelier des Môles (la peste soit de mon infortune qui m’empêcha de me rendre à Besançon pour les voir avec TIPSY WIT en 1991).

Je décidais donc de prendre de la hauteur pour voir les vampires finnois et m’installais au bord du balcon, d’où je pouvais avoir une vue dégagée de la scène et plongeante sur la fosse, pour observer le public (et repérer les copains retardataires).

Si je n’ai pas été happée par la musique de 69 EYES, je dois reconnaitre que le concert était fort plaisant. On voit que les gars ont une grande habitude de la scène : c’est carré, ça joue pile, ils y mettent de l’énergie (surtout le batteur, un type aussi sec que nerveux sur ses baguettes). Y a un petit côté THE CULT, un petit côté BILLY IDOL (on sent bien la patte de STEVE STEVENS et pas que sur « I Survive »), un petit côté New Wave, je ne sais pas pourquoi ça tape à côté pour moi. Peut-être la voix profonde et veloutée du chanteur qui n’arrive pas à me séduire, ou les claviers sur bande.

Je repère mes retardataires dans la foule, et je termine le concert dans la fosse avec eux « Ils ont joué « Lost Boys » déjà ? » me demande mon amie. Qu’elle se rassure, ils l’ont gardé pour la fin. Elle peut donc partager sa satisfaction avec le reste du public qui manifestement, l’attendait aussi.

Si ça se balance gentiment de çà de là dans la fosse, en revanche ça chante quand même pas mal sur les refrains. Sur ce morceau de bravoure, les 69 EYES se retirent, et l’on procède au changement de plateau.

Le public des premiers rangs en profite pour changer, et nous pour retrouver tout le monde. Une bonne partie de mes amis franciliens (et assimilés !) sont présents et l’on peut apercevoir des têtes connues que l’on est plus habitués à voir sur scène que dans la fosse, devisant gaiement une mousse à la main. On échange sur le mode « ça fait super longtemps !! », sur les derniers concerts, sur le programme du prochain Rising Fest…. La routine habituelle.

L’ennui quand on traine au bar, c’est que la salle s’est remplie sans vous. Sans être franchement mal placés, je me retrouve sur le côté gauche, à deux trois mètres de la scène. D-A-D, ça se vit de l’intérieur, surtout quand on est persuadée de ne pas avoir à vous informer de l’ambiance délirante qui règne à l’entrée du groupe. Le public est acquis, il n’y a pas de problème là-dessus.

JACOB BINZER, son chapeau haut de forme au moins aussi iconique que celui de SLASH, toujours aussi calme, prend place sur la gauche, LAUST SONNE s’installe à la batterie avec un costume noir et argent aux manches… flottantes, JESPER BINZER, avec ses épaulettes jaunes en tissu cousues sur sa chemise en jean salue le public au centre de la salle tandis qu’à droite STIG PETERSEN vole la vedette dans une tenue dont il a le secret : tout en vinyle noir, perfecto cintré, short moulant doté d’étoiles argent et cuissardes vertigineuses aussi brillantes qu’une carrosserie neuve. La touche finale est apportée par sa basse façon aileron de Cadillac Eldorado, la première de la longue collection de délirantes basses à deux cordes qui font la renommée de cet instrumentiste peu commun. En effet, peu de musiciens sont aussi excentriques que STIG sur scène, dans le Metal du moins.

S’enchainent alors une liste bien équilibrée de classiques (« Girl Nation », « Bad Craziness »), de morceaux anciens mais pas si connus (« Rim of Hell », « Point of View »), de vieilleries (« Rising with Sue »), de nouveautés (« Speed of Darkness », « The Ghost »), de morceaux plus modernes (« Monster Philosophy », « Everything Glows ») et à mon grand désarroi, aucun morceau de « Prayer for the Loud ». Mais avec 15 albums au moins, on ne peut pas contenter tout le monde, il faut trancher dans le vif.

Ce sont au total 16 morceaux bien pesés qui sont délivrés à un public radieux, qui a même pu profiter d’une petite balade de JESPER dans ses rangs pour chanter « Something Good » (si je ne me trompe pas). C’est sans doute parce que je me démène comme une dingue en braillant les paroles à plein poumons, mais je trouve qu’il y a une énergie folle qui se dégage de cette scène. Les gens autour de moi sont moins démonstratifs, mais on lit la satisfaction sur leur visage. A chaque demande de JESPER, le public est là pour compléter les paroles, ou pour faire le duo avec lui. Il ne comprend pas toujours tout, mais ce n’est pas grave, il hurle « Mona Laust, amour amour » avec joie parce que ça a l’air de bien les amuser sur scène.

Après avoir laissé tout le monde pantelant après « Bad Craziness », la lumière s’éteint et D-A-D ne tarde pas à revenir pour les rappels. Le son cristallin de la guitare de « Laugh ‘n’ a ½ » s’élève, et le public prouve une fois encore qu’il a révisé les paroles. Ce n’est pas BLIND GUARDIAN non plus, mais c’est tout de même perceptible.

Après ce moment d’intense communion, c’est le moment de lâcher les chiens une dernière fois avec cet intemporel hymne de nos jeunes années, « Sleeping my Day Away ». Tout le monde l’attendait, on ne pouvait pas l’oublier. Impossible non plus de se passer d’« It’s after Dark », chanté par STIG, affublé d’une basse en forme d’olive géante sur un cure dent. Mais où va-t-il chercher tout ça ? Et voilà, le parc a fermé ses portes, la bière a coulé à flot, chacun a passé un excellent moment et après la traditionnelle distribution de médiators à la volée, il est temps de regagner ses pénates. On fait de dernières emplettes, on traîne un peu pour discuter avec les copains, on jette les bases d’un prochain concert, et chaque métalleux retourne à la vie civile, et surtout à un lit bien mérité.

Mais on reviendra au Forum de Vauréal, parce que la salle est vraiment chouette, et le son bien équilibré.

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