KOMODOR à l’Ampérage

Alors que le monde court à vau l’eau, quoi de mieux que de se vider la tête à un concert ? Sauf que voilà, juste avant l’heure de déjeuner, mon rédac’ chef préféré m’appelle pour me dire qu’il n’a pas de nouvelles pour ce soir. Puis durant notre conversation, il lit ses mails et m’annonce que, pour finir, c’est tout bon. Donc, branle-bas de combat, j’envoie un texto à mon binôme habituel, et nous voilà prêts pour le concert. Mais qu’allons-nous bien pouvoir aller voir ? Ben, banane, il suffit de lire le titre de ce report. Faut tout vous dire dites donc ! Manquerait plus que je fasse un report ! Comment ? C’est ce que je suis censé faire ? Ah bon ? Alors, si vous insistez… Le concert était bien. Fin du report. De quoi ? Faut aussi que je vous explique ce qu’il s’est passé ? Vous êtes exigeants ! Ok, je veux bien le faire, mais c’est bien parce que c’est vous.

Nous voilà donc, mon binôme et moi, partis précipitamment de ma Yaute natale en direction de Grenoble en Isère. Plus précisément, comme vous avez pu le lire dans l’énoncé, à l’Ampérage. Depuis une bonne quinzaine de jours, le soleil, et la douceur, étaient bien présents sauf qu’aujourd’hui, un sable venu du Sahara est monté depuis le sud pour le cacher. C’est donc sous un ciel poussiéreux que nous partons relativement de bonne heure, car nous avons de la route à faire. Et comme il est compliqué de trouver de la place pour se garer, nous prenons une bonne marge, histoire de ne pas faire des kilomètres à pied… qui pourraient nous prendre des heures. A l’aller, ça peut le faire, mais au retour, c’est un peu plus compliqué.

Après avoir cherché de la place pendant plus d’une demi-heure, nous nous dirigeons vers l’Ampérage, toujours aussi bien caché. Les accréditations récupérées, nous entrons dans la salle. Heureusement pour nous, le concert n’a pas encore commencé et nous retrouvons deux copains venus de Chambéry assister, comme nous, à ce concert.

Avant de voir le groupe vedette de ce soir, c’est une nouvelle fois un tribute band qui fait la première partie. C’est un groupe de vieux briscards qui rendent hommage aux RAMONES. Comme le webzine ne chronique que les groupes de compositions, je ne m’attarderais pas sur le sujet. On peut simplement regretter qu’un des groupes qui ont accompagné KOMODOR sur leurs dates précédentes ne soient pas présents à Grenoble. On ne peut pas tout avoir.

Peu après la fin de leur set, les KOMODOR viennent faire les balances. Ce groupe que je vais découvrir pour la première fois en live, vient de Bretagne et plus exactement de Douarnenez. Ils viennent nous présenter leur tout nouveau LP “Time & Space” sorti en tout début d’année. J’ai découvert ce groupe par hasard sur Spotify, lors de la sortie en 2022 de leur premier album « Nasty Habits » et j’ai tout de suite accroché. Leur rock brut, rempli de fuzz est sans fioriture, et complètement organique. Un peu comme si FOGHAT, MC5, et le STEPPENWOLF avaient fusionné ensemble puis accouchés d’un LED ZEPPELIN qui aurait enfanté à son tour d’un ALICE COOPER des années 70. Comme, contrairement à mon confrère Hi’ Twist, je n’ai jamais eu l’occasion de les voir en public, j’ai donc hâte.

Il est 21h45, lorsque le quintet monte sur les planches. SLYDE BARNETT et RONNIE CALVA à la guitare et au chant, MELINE à la guitare et aux percussions, GOUDZOU à la basse et au chant et RICKY à la batterie, voilà de quoi est composé le band breton.

Les premières notes de « Fall Guy » retentissent et d’entrée de jeu, le groupe se lâche. Euh… calmos les gars, vous avez tout un set à tenir. Ils sont fous, ces Bretons ! La première chose qui me vient à l’esprit, c’est que, à part l’énergie déployée et le chant à deux voix de SLYDE et GOUDZOU, le groupe est à fond dans les années 70. Vintage de la musique aux fringues en passant par les pédales de distorsion.

Vient ensuite le monstrueux « Soul Tricker », une sorte de rituel électrique où leur Rock Psyché s’unit à une prière vaudou. Des riffs corrosifs, des frappes tribales sous une sorte de transe envoûtante, reprise à trois voix sur le refrain et le mot « Soul Tricker » hurlé par MELINE. Impressionnant. « Give Up » est le troisième morceau joué ce soir avec toujours autant d’intensité. Je me demande vraiment comment ils vont faire pour maintenir cette cadence tout le long de leur set. Bon, d’accord, ils sont jeunes et ont, à priori, de l’énergie à revendre, mais tout de même. En tout cas, moi, ils m’impressionnent.

Et on continue le pilonnage avec « Hard To Deal » et un GOUDZOU qui ne tient pas en place, multipliant les allers-retours se frottant au plus près du public en s’approchant dangereusement de la fosse. Mais il n’est pas le seul à avoir la bougeotte : si MELINE est relativement discret, RONNIE fait le boulot dans son coin, SLYDE quant à lui fait des va-et-vient et bouge presque autant que le bassiste.

« Est-ce que ça va, Grenoble ? Nous on est Bretons », annonce ce dernier. Puis, le rouleau compresseur reprend. Il n’y pas de temps morts, KOMODOR joue tout à fond. Pas de paroles inutiles, on laisse parler la musique avec « Bliss & Joy » et « Top of the Bock », un titre carrément barge avec un gros côté psychédélique. Le groove de KOMODOR est torride, saturé avec des voix qui sont mélodiquement enchevêtrées. Je ne goûte pas mon plaisir.

Le groupe poursuit son odyssée psychédélique et livre un nouveau sortilège sonore « Ladies ». N’en jetez plus, la coupe est pleine ! Enfin, après toute cette agitation, il est temps de calmer le jeu avec « Mamacita », une ballade chantée par GOUDZOU. Sur ce morceau, j’ai l’impression de me retrouver au coin d’un feu dans le fin fond du désert à écouter jouer une balade très 70’s.

Et on redémarre sur les chapeaux de roues avec « Moondrag ». Avec ce titre, le groupe montre qu’il ne lâche rien. Pour la première fois, GOUDZOU prend la parole et se souvient de la fois où ils étaient venus en Isère et avaient trouvés la pluie « Putain, on quitte la Bretagne pour trouver le soleil et on se paie de la flotte ! ». Évidemment c’est un rire général dans la salle.

Et l’on repart avec « Raise Your Hands » suivi par un superbe « Burning Land » qui voit MELINE s’emparer d’une guitare sèche, SLYDE se chargeant du chant. Le morceau démarre tout doucement pour s’énerver sur le refrain. Un titre bien vintage qui remue les méninges. Pour « Once Upon A Time », GOUDZOU prend de nouveau le chant lead et KOMODOR nous pond de nouveau une ballade qui ressemble à un titre 70’s, avec la guitare sèche branchée et utilisée comme une guitare électrique. Un gros Rock psyché, vivant, actuel, et authentique. Impressionnant. Comme quoi, on peut jouer rétro sans jamais sonner figé.

Maintenant, SLYDE prend le relais du chant lead pendant que le bassiste va de nouveau se frotter au public, pour la première cover de la soirée : « Know Who You Are » de SLADE. Sur scène, les riffs deviennent de plus en plus massifs, la basse gronde encore plus fort, RICKY martèle sa batterie à une vitesse folle, faisant virevolter les franges de sa veste en jean. Les spectateurs n’en perdent pas une miette. Ils sont à fond derrière le groupe.

Le groupe enchaîne avec « Nasty Habits », puis « Believe It ». Vous vous dites qu’après une bonne heure de set, l’énergie déployée devrait baisser. Que nenni, on repart de plus belle avec « Washing Machine Man » qui voit GOUDZOU et SLYDE jouer à la STATUS QUO en faisant des va-et-vient en cadence tels que le faisaient à l’époque ROSSI et PARFITT. Le morceau devient de plus en plus fou et, sans qu’on s’y attende, voilà que le bassiste descend dans le public pour headbanguer puis c’est au tour de son comparse d’aller y faire un tour afin de démontrer sa dextérité.

« L’Ampérage, c’était la dernière ! », nous dit le bassiste. Il remercie tout le staff qui les accompagne ainsi que l’ingé son et celui des lumières, puis le groupe s’en va de scène en laissant brancher leurs instruments. A peine cinq minutes plus tard, ils reviennent. GOUDZOU, toujours aussi à fond, hurle dans le micro « l’Aaammmpppeeerrraaaagggeee !!! » et c’est reparti pour un tour. L’intensité n’a pas baissé d’un iota et le groupe relance la machine avec « Through the Highway » puis « Madness » avant de plier le game avec le phénoménal « Ravish Holy Land ».

Ce coup-ci c’est vraiment la fin. Comme tout à l’heure, le groupe quitte la scène en laissant traîner leurs instruments. Normalement, la setlist étant complète, ils ne devraient pas revenir mais surprise, les voilà de retour. « On en fait juste une dernière » nous dit GOUDZOU en prenant le micro et en réglant sa basse. « Are you ready to go ? », hurle t’il dans son micro. Et c’est un petit MC5 qui déboule dans l’Ampérage. Alors que le public était relativement sage jusqu’à présent, il s’excite et déclenche des pogos. Il est temps de faire le fameux repli stratégique et de laisser les fous s’exciter dans leur coin.

KOMODOR salue une nouvelle fois le public et, cette fois, c’est bel et bien fini, malgré les « Hohoho » du public.

Mais quel concert incroyable dans son intensité ! Le groupe s’est donné à 2000 % ! GOUDZOU revient saluer une dernière fois et, sous les encouragements des spectateurs restants, se fait un petit kiff de stage diving. Complètement fun. Nous retrouvons les autres membres au stand merch’ en pleine discussion avec les fans et faisant la promotion de leur bière qu’ils vendent à petit prix.

Un grand merci à l’Ampérage et la Belle Electrique cet extraordinaire concert !

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