BLACKRAIN + OVERDRIVERS au Trianon

BLACKRAIN + OVERDRIVERS au Trianon
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Si je n’ai que deux bras et une seule cervelle, je porte plusieurs casquettes et c’est en qualité de personnage triclassé roadie/journaliste/photographe que je pénètre dans le Trianon, chargée comme une mule. Ce petit passe-droit me donne le loisir d’entrer par le grand escalier et d’apprécier cette magnifique salle entièrement vide hormis quelques ingés sons et lumières qui peaufinent les derniers détails. Tout d’ors vieillis, d’angelots joufflus et de muses alanguies parmi les rinceaux de lauriers, cet ancien théâtre est l’écrin parfait pour une sortie d’album doublée d’un anniversaire mémorable. On n’a pas tous les jours 20 ans…

Les balances laissent déjà présager d’un son monstrueux. L’acoustique est en effet excellente, les quelques concerts que j’ai pu faire précédemment au Trianon de Paris me l’avaient déjà prouvé. Je visite les loges, déjà pour déposer mon matos, mais surtout pour présenter mes hommages à BLACKRAIN. Ils sont en quelque sorte les parrains de Metality France, puisqu’ils ont eu la gentillesse faire une vidéo de présentation de l’association avec moi avant leur concert du Troyes Metal Fest l’an dernier. Alors, ça crée des liens.

Avec eux,  je retrouve l’heureux gagnant du concours BLACKRAIN, David L., fan absolu du groupe puisqu’il célèbre, lui, son 40e concert du groupe. Quand on aime, on compte quand même, parce que c’est gratifiant. Il est aux anges de pouvoir vivre les choses de l’intérieur.

Comme à leur habitude, les membres de BLACKRAIN font un petit tour dehors à tour de rôle pour discuter avec les fans qui prennent la peine de les attendre devant la salle depuis plusieurs heures afin d’être certains d’être à la barrière. C’est comme ça aussi qu’on se construit une fan base fidèle et dévouée.

A l’ouverture des portes, je me glisse parmi le public pour prendre la température et repérer les copains. Le public est très diversifié, il y a à la fois les vieux de la vieille, les hardos pionniers des eighties, et des petits jeunes en plein revival (quand je dis que le Glam n’est pas mort !!). Hey, mais ce petit blondinet sorti tout droit d’un club du Sunset Strip fait partie d’un groupe Valaisan, les ANONYMOUS BASTARDS ! Nous devisons quelques temps en presque voisins. 

Je salue les membres de HARSH, venus au complet pour apprécier le spectacle, et quelques amis parisiens que j’ai l’habitude de croiser en pareilles circonstances. La salle se remplit assez rapidement, il est temps pour moi de trouver mon perchoir au poulailler pour mitrailler la scène.

OVERDRIVERS arrive comme une boule dans un jeu de quille. Au premier morceau, il renverse le public qui se prend un mur de son en pleine figure. Les gars sautent, courent, jouent, braillent avec une joie communicative, et sont bientôt rejoints par des demoiselles en tenue extrêmement légère.

S’il ne faisait pas assez chaud au Trianon, la chaleur vient de monter d’un cran. On ne sait plus où regarder, le spectacle est total.

Même au poulailler, puisque l’un des guitaristes, après nous avoir gratifié d’un condensé de VAN HALEN et d’ANGUS YOUNG, a entrepris de prendre d’assaut les balcons.

Je me bats avec mon appareil photo pour obtenir des clichés nets pendant que le groupe travaille la foule au corps comme de la pâte à modeler. Je les avais vus à Dijon deux fois, dont une au Rising Fest en 2018, mais je ne me souvenais pas d’une telle boule d’énergie. Il va falloir leur demander de revenir parce qu’on ne pourra pas se passer d’un Heavy de cette facture !

Il n’y a rien à jeter. D’ailleurs le show passe trop vite, pour eux comme pour nous.

Le public a bien mérité sa bière car il a adhéré immédiatement à ce rythme survolté. On immortalise l’instant et tout le monde se rue vers le point d’eau le plus proche.

Set list : « Bad Breath Girl », « Guitar Playboy », « Overdrivers », « Rockin’ Hell », « High Mountains », « Factory », « Show your Boobies », « Limbs of Rock’n’Roll ».

Les premières notes de BLACKRAIN retentissent alors que je suis encore en train de prendre un bain de foule. Je me précipite donc à mon poste d’observation, juste au dessus de la scène. Il y a des lights magnifiques, mais je ne suis pas placée au mieux pour les apprécier, je devrais bouger un peu.

En revanche, je peux voir la concentration sur les visages. Tout le monde est tendu, rivé sur l’objectif de donner son meilleur show pour cet événement particulier. On dirait presque qu’il y a un enjeu à passer derrière OVERDRIVERS.

Si les musiciens sont plus calmes (ils savent qu’ils doivent tenir dans la durée !), le son est toujours aussi fabuleux. Tout est en place, on sent les 20 ans d’expérience, et les nouveaux morceaux reçoivent un excellent accueil de la part d’un public de toute façon acquis à la cause.

Certains sont venus de loin pour cette fiesta un peu particulière : la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Suisse a fait le déplacement pour cette release party d’anniversaire. Et SWAN, le chanteur de BLACKRAIN, remercie tout le monde d’être venu de si loin.

D’ailleurs, il commence à se détendre, ses camarades également. Les visages se font plus réjouis, on s’amuse davantage que durant les premiers morceaux. Le plaisir prend le pas sur le professionnalisme. Après tout, nous sommes entre amis ! La qualité du show reste cependant au top.

Au bout de 6 morceaux menés tambour battant, arrive une petite pause bienvenue pour tout le monde. SWAN et JEREM prennent leur guitare acoustique pour nous faire un petit « Nobody But You » intimiste, assis sur les podiums au ras de la foule.

Petit moment de communion avec la salle avant la première surprise de ce show, l’arrivée d’une invitée de marque : la chanteuse des FURIES et de CHEY N’SHINERS, CHEYENNE. Elle n’est pas venue pour niaiser, comme disent nos cousins de la Belle Province, mais pour nous balancer du TWISTED SISTER dans les ratiches. Et ça n’amuse pas le terrain : de sa voix puissante, elle complète parfaitement MATT et SWAN. Le public vocifère aussi bien qu’il peut, il connait ses classiques.

Et on reprend là où on s’était arrêtés, des nouveaux morceaux, des anciens… Un grand pirate squelettique est convoqué pour « Orphans of the Light« . Il parcourt la scène à grandes enjambées nerveuses, se bat un peu avec les musiciens avant d’être avalé par les profondeurs des coulisses alors que « Blast Me Up » commence. Le public s’époumone avec la plus grande satisfaction.

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De corde en aiguille, on s’achemine vers la fin du concert.

Pour célébrer ces vingt ans de carrière et faire un clin d’œil aux fans de la première heure, SWAN ressort un manteau en fourrure léopard qu’il a peut-être piqué dans la garde-robe d’une grand-mère. Quand tu considères qu’un manteau de fourrure est un bon accessoire de scène, c’est qu’il ne doit pas faire chaud dans la cave où tu répètes…. Mais comment faire plus Glam que le léopard ?

Le concert se termine sur « Disagree« , qui est, soi dit en passant, mon morceau préféré du nouvel album. Se termine ? Bien sûr que non !! Les rappels s’enchainent presque tout de suite, avec le retour du pirate brandissant un drapeau savoyard, et le groupe enchaine « Untamed« , « Rock your City » et le désormais célèbre morceau de clôture « Long Way To The Top », accompagné du dernier invité de la soirée, le sonneur de cornemuse Christian, en kilt, qui vient régulièrement leur donner des tuyaux sur scène (vous excuserez cette petite vanne). Il est accompagné des Overdriverettes, toujours légères et court vêtues, et des OVERDRIVERS eux-mêmes venus faire les chœurs en y mettant du cœur.

Il règne un joyeux bordel sur scène, pour le plus grand bonheur de tous.

Mais hélas, on vient d’expédier la coda, tout le monde se rassemble pour la photo souvenir qui ressemble à une classe particulièrement dissipée. Les lumières se rallument, la salle se vide lentement pour peupler le hall où le bar et le stand de merch’ deviennent les nouveaux abcès de fixation. Le groupe y retrouve en effet ses fans pour les dédicaces, mais il faut s’armer de patience car les candidats sont nombreux.

Dans la salle, les techniciens commencent déjà le démontage et le roadie que je redeviens attrape les flights cases, les sacs et quitte discrètement le Trianon parmi les spectateurs heureux. On dit le public parisien un peu blasé, mais je gage qu’il n’y avait pas grand monde de blasé ce soir car ce concert valait une cure de vitamines. Il ne reste plus à présent à « Orphans of The Light » qu’à conquérir les discothèques métalleuses, puisque nous sommes encore nombreux à acheter des albums physiques.

Au final, 4 albums ont été majoritairement représentés ce soir : « Orphans of the light » bien sûr avec 7 morceaux, mais aussi « It Begins » (3 morceaux), « Untamed » (3 morceaux), et « Hot Rock Time Machine » (2, mais je triche, j’ai compté « Wild Wild Wild » 2 fois). Non, il n’y avait pas « Innocent Rosie », le groupe a préféré « Rock Your City », plus approprié pour un set parisien destiné à secouer la ville avec un nouvel opus.

Set list : « Dreams », « Kiss The Sky », « Dawn Of Hell », « Wild Wild Wild », « Unleash The Fury », « Méandres De l’Instinct », « Nobody But You », « We’re Not Gonna Take It », « Resurrection », « Crack The Sky », « Orphans Of The Light », « Blast Me Up », « Hellfire », « Rock My Funeral », « Disagree », « Untamed », « Rock your City », « Long Way To The Top ».

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