HARD ROCK HELL SLEAZE 2026, jour 2

On se réveille gentiment et on s’occupe comme on peut dans une chambre constituée d’un unique lit et pas de fenêtre. Mes camarades ne sont pas levés. J’en profite pour regarder mes photos et peaufiner mes notes. Ça va, je n’ai pas de courbatures, avoir un appareil photo en bandoulière vous empêche de vous dépenser bêtement.

Mes copains et moi arrivons trop tard au Banker’s Draft pour profiter du petit-déjeuner. Alors on se prend un truc à manger, en l’occurrence, une assiette anglaise : jambon, œufs brouillés, saucisse, patates. Je constate que le Dove & Rainbow est effectivement juste derrière la fenêtre du pub. Ce n’était effectivement pas loin.

Les constantes vitales remises à 100%, c’est l’heure pour moi de regagner la salle pour cette deuxième journée du HRH Sleaze 2026. J’offre aux filles de la billetterie des pains d’épice en forme de chouette, histoire qu’elles se rappellent de moi et m’aient à la bonne. C’est comme ça qu’on se crée des relations ! Je découvre la nouvelle salle, effectivement beaucoup plus grande, avec un espace Royauté (le ticket luxe) surélevé, ouvert sur la salle, avec son propre bar, ses propres toilettes et des canapés. Un grand bar se tient sur la gauche, côtés loges (derrière la scène) et sur la droite toilettes et guitoune Merchandising. Comme la veille, un DJ anime les pauses avec une bande son digne des meilleures soirée Glam. Ça chante ici et là, ce sont des classiques que tout le monde connaît. Simon me montre où poser mes affaires et, gentiment, me conseille quelques réglages qui vont bien m’aider dans les heures à venir.

PARADISE SINS (Angleterre)

Ce n’est pas encore l’affluence, mais le premier groupe commence déjà. Il s’appelle PARADISE SINS : c’est un groupe de première partie honnête, avec des accents à la OZZY, parfois un poil New Wave, mais ça tient la route. C’est bien pour attirer les foules, même si je les trouve un peu statiques – malgré les efforts désespérés du gratteux, très expressif, lui.

Après un show Heavy de bonne facture, avec des harmonies vocales sympas, le chanteur propose d’acheter son merch’ pour améliorer notre santé, attirer la chance et faire revenir l’être aimé. Bon, il n’a pas l’air trop convaincu par son baratin quand même.

Bonne prestation, mais pas aussi convaincante qu’hier.

ANTI FASHION (Angleterre)

Après les jeunes de PARADISE SINS, arrivent les vieux d’ANTI FASHION. Ils ont été choisis en dernier ressort suite à la défection de LIPZ, alors ils sont contents d’être là.

On m’explique que c’est un grand classique au HRH : on annonce pleins de super groupes, mais au final, l’affiche est assez différente de ce qu’elle devait être. Par exemple, la tête d’affiche devait être les BULLET BOYS, et on se retrouve avec FASTER PUSSYCAT. Franchement, je ne perds pas au change. 4 ou 5 groupes ont été remplacés par rapport à l’affiche originale, j’imagine que l’organisation d’une tournée pour ces groupes s’est soldée par un échec. Ils sont reportés à l’année suivante, ou à une autre date organisée par le HRH.

D’ailleurs, comme le guitariste a des problèmes d’ampli, j’ai le temps d’observer les affiches pour les prochaines productions HRH. Pour la 10e du HRH Sleaze, on aura TRIXTER et JANET GARDNER, oui, Madame VIXEN, ainsi qu’un petit groupe prometteur, HARSH. Je ne sais pas si vous connaissez, ils sont français. Mais avant, en mars, BLACKRAIN pourra découvrir le Sussex aux côtés de L.A. GUNS et d’une programmation assez éclectique.

Ah, les problèmes d’ampli sont terminés, le jeu reprend, avec un peu de retard. On n’a rien perdu pour attendre, les vieux de la vieille mettent le turbo avec leur Glam Punk énervé, dans la veine d’un HIGH SCHOOL MOTHERFUCKERS ou d’un SOCIAL DISTORTION. Ça sent bon le Rock qui tape du pied, le whisky frelaté et la corde de mi-rouillée. Les gars ont monté le groupe durant le Covid parce qu’ils s’emmerdaient, mais manifestement, ils se sont bien repris depuis. Ça groove grave.

LIXX (Ecosse)

Pause bien méritée, pour le changement de plateau. Voici LIXX : on parlait de vieux de la vieille ? Je n’avais encore rien vu ! LIXX officie depuis 1983. Ils étaient là pour la New Wave of British Heavy Metal. Leur album le plus connu date de 88, puis ils ont signé sur un label américain mais, au final, ils sont toujours là.

Et il y a du monde pour regarder ce type en legging léopard et chemise blanche s’époumoner sur scène. Ça balance pas mal aujourd’hui, ça balance aussi, dans un style plus ricain que le précédent.

Les gars ont du métier, ça se sent. Ils jouent avec le public comme si c’était de vieux copains, et délivrent une énergie presque sauvage. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne s’ennuie pas.

NEW GENERATION SUPERSTARS (Angleterre)

On enchaîne avec NEW GENERATION SUPERSTARS, qui n’ont de new que le nom. Là encore, on est sur du musicien expérimenté. OK, reconnaissons-le, ce sera le cas de presque tous les groupes que je verrai ce week-end car la grande vague Glam/Sleaze commence à avoir des heures de vol, et ses protagonistes principaux approchent de la retraite – même s’ils n’ont pas du tout envie de lâcher les feux de la rampe.

Tel quel, le groupe tourne depuis 2007, avec les inévitables changements de line up qui peuvent arriver quand tu passes ton temps en tournée. Trop Punk pour le Rock, trop Rock pour le Punk, c’est ce qu’ils disent. C’est en tout cas du pur Glam Punk à l’anglaise comme on l’aime : un peu DOGS D’AMOUR sur les bords, primesautier, enlevé, et pourtant ça gibsonne à tout va, énervé et vindicatif. Je passe un super moment avec ces gars-là.

Sauf que…. j’ai rendez-vous avec les CONTINENTAL LOVERS. Du coup, je ne verrai pas tout le show. J’arrive quand même à voir le dernier morceau où le bassiste, dans un superbe accent anglais des familles (pauvres) nous dit « Bande d’enfoirés, vous ne nous décevez jamais ! ». Je crois qu’eux aussi ont passé un bon moment.

CONTINENTAL LOVERS (Angleterre)

Les CONTINENTAL LOVERS, parlons-en justement, ils arrivent sur scène. Dieu que j’aime ce groupe ! Une classe Sleaze à toute épreuve, le genre dandy nihiliste comme pouvait l’être IZZY STRADLIN ou les L.A. GUNS à la grande époque.

Hyper efficace sur scène, un rouleau compresseur, mais fait de hits mélodiques comme si on avait mis les BEATLES sous speed.

Je n’ai pas manqué de m’acheter l’album, le patch (trop mignon !) et j’aurais dû prendre le T-Shirt, même rose. Mais quand on est journaliste, on ne fait pas toujours ce qu’on veut, et c’est à contrecœur que je lâche la scène des yeux pour rejoindre les KICKIN’ VALENTINA. Mais franchement, ça me coûte. Je crois que c’est pour ça que je ne me suis pas éternisée avec eux, ce qui leur a laissé le temps de se préparer.

THE MERCURY RIOTS (U.S.A.)

THE MERCURY RIOTS est le groupe suivant. Ils m’ont été chaudement recommandé par le rédac’ chef, et c’est vrai que ça secoue pas mal. Je leur trouve un petit côté BLACK CROWES, auquel je ne suis pas très sensible. Et comme il faut parfois savoir faire des sacrifices, étant donné que vous avez déjà bénéficié de plusieurs comptes-rendus et d’une interview, je décide bravement d’aller avaler un truc dans la zone extérieure que j’ai découverte lors des interviews.

Il faut attendre un moment avant de recevoir le hot dog commandé, mais ça me laisse le temps de faire connaissance avec un couple d’Ecossais qui vient régulièrement au HRH. Les britanniques sont terriblement sympas, faut l’avouer. En 15 secondes, vous êtes leur meilleur ami pour 5 minutes. Ensuite, ils vont chercher une bière. L’ambiance est très bon enfant. Manifestement, le HRH c’est l’occasion de retrouver des copains, de discuter sous le doux soleil anglais et ensuite de passer la soirée à regarder de bons concerts. Y a que votre Keri pour regarder tous les concerts pour vous raconter ce qui se passe. D’ailleurs, mon hot dog et mon verre avalé, je retourne devant la scène.

KICKIN’ VALENTINA (U.S.A.)

Les KICKIN’ VALENTINA s’installent justement. C’est le moment idéal pour kiffer à mort. La machine de guerre se met en place et commence par un tir nourri.

L’attaque est frontale et brutale : ils attrapent le public par les cheveux et le secoue à mort, métaphoriquement parlant, bien-sûr. Le public n’attend que ça en plus. C’est hargneux, efficace, impérial. On retrouve cette voix rocailleuse, ces riffs qui parlent aux hanches, ces refrains à reprendre en chœur, le clou étant bien sûr « Taking a Ride » qui envoie le public en transe. Le Sleaze américain dans toute sa splendeur.

On a été tellement laminé que je n’ai pas vu le temps passer. C’est comme les Cadbury, c’est tellement bon que c’est trop court.

LOVE HATE (U.S.A.)

Pourtant, y a du lourd derrière, c’est LOVE/HATE et là, on est chaud patate.

Dès que Jizzy PEARL pointe le bout de son nez, les acclamations fusent. Il a l’air en forme, un peu émacié, certes, mais en forme. On apprendra plus tard que son gratteux et lui ont arrêté l’alcool, ce qui est une sage décision si on veut rester en vie dans le milieu.

Le lighteux a opté pour un peu plus de lumière, peut être que Jizzy aime voir son public, en tout cas la scène éclairée de couleurs chaudes convient particulièrement bien à mon appareil, et comme je ne suis pas très loin, j’ai des clichés très honnêtes.

Nous sommes vites embarqués par le groove et la présence de Jizzy. Il nous raconte sa vie, présente ses chansons et on n’en perd pas une miette. Que des hits, des trucs qui nous ont bercés dans nos années tendres : “Tumbleweed”, “Blackout in the Red Room”, “She’s an Angel”, “One more round”, “Fuel to Run”, « Evil Twin”, “Wasted in America”… Les musiciens tricotent, y a pas une note à côté, et pourtant, on n’a d’yeux que pour Jizzy, il occupe la scène à lui tout seul, sans bouger tant que ça. Mais il a un charisme à découper en tranches pour offrir aux autres. Incroyable. Y a quoi au-dessus d’impérial, divin ? Voilà, c’est divin.

La salle est pleine à craquer, et on a l’impression d’être dans un club avec un vieux pote. On chante en chœur, on gigote le haut, on agite le bas, on profite, quoi. Et là encore, le temps s’est envolé.

C’est la fin de la journée, la musique se tait, et on se rappelle soudainement qu’on a été debout toute la journée et que les genoux ne plient plus. L’hôtel parait super loin. Mais Margie me présente à tout le monde : « C’est ma copine française, elle couvre le festival ! » et il est décidé aller finir la soirée au Dove & Rainbow. Moi, tant qu’on peut s’asseoir… Et puis il faut bien que je couvre l’ensemble de ce festival, non ?

Donc nous voilà dans un petit pub tout en longueur, noir de monde, avec un Karaoké tout au fond, à moins que ce ne soit de joyeux convives. La bande son ressemble à ma discothèque mise en shuffle : que des classiques, de DAVID LEE ROTH à WHITESNAKE en passant par BON JOVI. Soit le tenancier adapte la playlist à son public, soit l’Angleterre est vraiment plus Rock que nous. Même les cocktails sont plus Rock : Rum to the Hills, Skid Rum, Ginny Hendrix…

Je retrouve les STILLETO STRUT, en goguette eux aussi et on échange rapidement nos impressions. On discute avec tout le monde, des gens du concert, et d’autres qui ne savaient pas mais sont ravis d’apprendre qu’on s’est bien amusés. Un type dont la sœur vit en France insiste pour me payer un verre. Je me laisse fléchir pour un shot de Bailey’s avant d’aller dormir, abandonnant sur place Margie et Robert. Je n’ai pas leur endurance.

De retour à l’hôtel, je mets un peu d’ordre dans mes notes et extinction des feux. Il n’est pas loin de deux heures du matin et il reste une journée de festival à affronter.

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