HARD ROCK HELL SLEAZE 2026, jour 3

Margie ayant fait la fête toute la nuit ou presque, c’est fort tard que nous arrivons au Banker’s Draft pour le petit dej’. Avec un grand sourire, et à 5 minutes près, j’arrive à avoir un petit-déjeuner anglais composé d’un scone à l’œuf au plat et du thé à volonté. Margie et Robert passent directement au curry arrosé d’une Corona (dans un verre, la Corona !).

On arrive pile pour l’ouverture des portes de cette dernière journée du HRH SLEAZE 2026. Il y a gentiment du monde. Je pense que la plupart des gens sont dehors, même s’il tombait une petite pluie sur le chemin, histoire de nous rappeler que nous sommes en Angleterre.

WHITE LIGHTNING (Angleterre)

C’est WHITE LIGHTNING qui ouvre le bal aujourd’hui : des petits jeunes, biberonnés au Heavy. Histoire de se mettre d’emblée le public dans la poche, ils commencent par « Bark at the Moon ». Malin ! C’est très correct, comme cover. Ils manquent peut-être encore de bouteille, mais on sent que ça vient.

Ils ont un bon guitariste, un chanteur charismatique, un bassiste moustachu et un batteur… dans l’ombre. Jamais réussi à avoir une photo correcte ! Toutefois, si on ne le voit pas, on l’entend, car il n’y va pas de main morte ! Niveau compos, ça assure, dans un style gentiment Heavy. Le bassiste a appris à jouer sur du Steve HARRIS et ça s’entend aussi. Le gratteux, tout minot qu’il soit, fait dans le guitar hero démonstratif tandis que le chanteur déploie sa voix chaude et promène sa silhouette de jeune Lemmy enraybanné.

Le mélange VAN HALEN / LEMMY fonctionne pourtant à donf’ et on passe un bon moment.  Je me dis que ça aussi, ça s’exporterait facilement dans quelques festoches de ma connaissance.

BITE ME (Angleterre)

Pause plateau et on change d’ambiance. J’ai eu quelques contacts avec la guitariste de BITE ME, seule formation entièrement féminine de tout le festoche, et à ma connaissance depuis un bon moment dans le Glam. Et autant dire que j’en attends beaucoup.

Leur clip m’a laissé attendre un Glam Punk très énervé, à la BETTY BLOWTORCH, pour ceux qui se souviennent.

Elles sont très jeunes. C’est facile pour moi de dire ça, je pourrais facilement être leur mère. Elles ne sont pas très grandes non plus, mais alors, whaaa, elles n’amusent pas le terrain !! La claque !

Kit SWING, la chanteuse, dans son petit combi-short blanc ultra-moulant bouffe la scène, littéralement. Elle joue avec le premier rang qu’elle cajole et harangue à la fois de sa voix puissance et grave, tandis que Ruby RUMSEY et Estee la bassiste la flanquent comme deux ailières. Derrière, la petite Jessica RUSH compense sa taille par une frappe irréprochable. Elle pilonne comme une grande. Et ça marche. On sent le public qui devient plus dense. Ok, elles sont totalement regardables, mais musicalement, elles envoient du steack ! Tellement que le show parait trop court. « Cherry Bomb » est leur baroud d’honneur, mais moi, j’aurais bien repris un ou deux morceaux de ces RUNAWAYS 2.0. On retrouve la même hargne, la même volonté de s’imposer là où on ne les attend pas.

Il me tarde de les interviewer, parce que ce groupe, il va falloir l’avoir à l’œil.

Bon, ça ne va pas être possible tout de suite, elles ont deux trois détails à régler avant. Alors je me rabats sur les TAKEAWAY THIEVES, qu’on me présente. On convient d’un rendez-vous un peu plus tard.

STEVE VINCENT (Angleterre)

Quand je reviens, le show de STEVE VINCENT est commencé. J’ignore totalement qui c’est, mais Robert m’apprend que c’est l’ancien chanteur de PARADISE ALLEY, un groupe de la veine Sleaze britannique des 80’s. Il a remonté un groupe en 2022 avec quelques comparses, et joue à présent dans une veine Gipsy Rock chère aux QUIREBOYS et aux DOGS D’AMOUR.

Ça tape du pied, ça joue de l’harmonica et ça laisse couler de la bière dans le gosier du public. De toute évidence, ces vétérans non plus n’ont pas envie de raccrocher leurs chaussons de Rock n’Roll. Et moi j’aime bien leur musique et leur philosophie : trop Glam pour le Punk, trop Punk pour le Glam.

Je pars de ce pas adopter leur badge qu’ils ont la gentillesse d’offrir au merch’.

WHITE TYGER (Angleterre)

Pendant ce temps, WHITE TYGER s’est installé sur scène : Autre temps, autres mœurs, ce groupe-là a mis le turbo : ça déménage sévère sur scène.

Cette fois ci, on est dans le Sunset Strip jusqu’au cou. Le chanteur a une voix de chat sauvage et un look à jouer dans AIRHEADS (si vous n’avez jamais vu ce film, courez le télécharger), le gratteux a de faux airs de Robert PLANT avec la guitare de SLASH, et le bassiste a une façon tout à fait particulière de faire rouler son épaule, à mi-chemin entre Zakk WYLDE et Robert TRUJILLO.

Je ne sais pas si ça améliore le jeu – essayez chez vous – en tout cas, c’est sacrément bien. Même leur reprise de « You Could be Mine », des GUNS N’ ROSES, est tout à fait personnelle. Mais hélas, je dois aller interviewer les TAKEAWAY THIEVES, donc je manque une partie du show. En passant par le merch, je vois que les TYGERS n’ont pas emmené de matos. Dommage, j’aurais bien acheté album.

TAKEAWAY THIEVES (Angleterre)

Voici maintenant le moment de découvrir ces fameux TAKEAWAY THIEVES à qui je viens de parler. On retrouve Roxy à la guitare, qu’on avait déjà vu sur scène avec les LOCKHEARTS vendredi. Les autres sont plus âgés, c’est la génération QUIREBOYS.

D’ailleurs, ça se sent, c’est le même Gipsy Glam plein de swing et de bonne humeur, de chœurs, légèrement nostalgique. Hyper efficace. J’ai adoré le peu que j’ai vu car une fois encore, je dois quitter la salle pour retrouver les BITE ME. Une sorte de malédiction : à chaque groupe que je trouve particulièrement sympa, je dois louper une partie du show.

L’an prochain, je me débrouillerai autrement. Oui, parce qu’il y aura une prochaine fois : ma copine Margie m’ayant laissé seule sans surveillance dans l’après-midi, j’ai commis l’irréparable ; j’ai acheté deux places pour l’an prochain. 25£ (30 €) le billet trois jours, offre valable ce dimanche seulement, comment vouliez-vous que je résiste ? Il fallait bien que quelqu’un se dévoue pour soutenir les HARSH, qui vont être à l’affiche ! On ne va tout même pas les laisser y aller tout seuls !!

LORRAINE LEWIS (U.S.A.)

On commence à arriver dans le dur de la soirée : les grosses têtes d’affiches entrent en lice. Voici donc LORRAINE LEWIS qui prend le micro, accompagnée par ses copains des BLACKLIST UNION avec qui elle tourne : une association gagnant/gagnant.

Alors en France, LORRAINE LEWIS, on connaissait plus ses posters que sa musique avec FEMME FATALE (où ont officié Nita STRAUSS, Courtney COX et Athena LEE, la petite sœur de qui vous savez, lors de la reformation du groupe dans les années 2010). De 2020 à 2024, elle a fait partie de la enième reformation de VIXEN, avant de repartir se la jouer solo. Au passage, JANET GARDNER, la chanteuse originale et guitariste rythmique de VIXEN (oui, la belle blonde péroxydée) sera probablement la tête d’affiche de l’an prochain, avec TRIXTER.

Mais revenons à Lorraine, qui porte sa soixantaine avec le brio d’une californienne qui mange bio et fait du yoga face à l’océan. Longue, fine, moulée dans du stretch noir avec un chapeau de cowboy, elle nous délivre un Hard US calibré radio, propre sur lui, agréable et efficace. On voit tout de suite que la dame a du métier. Ça coule tout seul.

D’ailleurs, j’en profite pour manger un brin, à l’intérieur cette fois, pour ne rien rater, car la confection de ce délicieux burger est aussi longue que celle d’un homard thermidor. Je pense que l’approvisionnement en nourriture est le seul point noir de cette organisation. Mais rien qui ne puisse se régler avec une bière craft et un paquet de chips. J’apprendrai à cette occasion qu’une Tropical IPA reste une IPA.

BLACKLIST UNION (U.S.A.)

Tous les musiciens de BLACKLIST UNION sont donc sur scène sauf le chanteur. Lorraine lui cède donc sa place pour le prochain set. Qu’on se rassure, elle reviendra.

Et ça commence très fort : on ne joue plus du tout dans la même catégorie ! Les gars nous délivrent des brûlots à peine équarris, avec les arêtes qui tranchent, qui râpent et qui vous crament les doigts. Le Sleaze comme on l’aime, indiscipliné et graisseux.

Tony WEST, le chanteur, est aussi tatoué que celui de BUCKCHERRY, en plus ténébreux, sa voix aux accents tyleriens surplombe les envolées de guitares. Je suis conquise.

Mais revoilà, non pas la sous-préfète, mais Lorraine, qui vient interpréter en duo le Rock n’Roll endiablé qu’est « Going To Jackson », le hit du groupe sorti avant l’été, un peu avant « Madame Butterfly », dont le chanteur nous apprend qu’il l’a écrit pour elle. Je soupçonne ces deux-là de ne pas partager qu’une tournée… Je décide néanmoins de me munir illico d’un CD et d’un T-Shirt.

ENUFF ZNUFF (U.S.A.)

Tandis que je suis en train de ranger mon pactole derrière le stand merch’ et que j’essaie vainement de comprendre pourquoi mon appareil photo refuse de fonctionner correctement en testant tous les boutons (je vous ai dit que j’étais une photographe débutante ? Je sers le Metal et c’est ma joie.), je me dis que je déteste vraiment ce qui est en train de passer sur scène. D’ailleurs je suis incapable de vous dire ce que c’est, ni à quoi ça ressemble. C’est juste désagréable. C’était sensé être ENUFF ZNUFF, et si c’est ça, je vais peut-être aller faire un tour dehors.

Heureusement, ça s’arrête assez vite, pour le plus grand bonheur de tous, manifestement.

J’apprendrai plus tard que Chip ZNUFF a demandé à ce que son groupe de première partie passe tout de même sur scène, même s’il n’a pas été casté pour le festival, afin qu’il n’ait pas de jour off durant la tournée. Le compromis a été de lui offrir la moitié du temps de jeu d’ENUFF ZNUFF. Pourquoi on retient des groupes de …Thrash (?) afin d’ouvrir pour du Hard US restera un grand mystère.

Les nombreux fans d’ENUFF ZNUFF, qui vient assez régulièrement apparemment, en sont pour leurs frais. Le show se limite à une demi-douzaine de morceaux dans un style oscillant entre BON JOVI et DAVID LEE ROTH (en plus gros). Y a des costumes exubérants, des mélodies accrocheuses, un guitariste qui fait hurler ses cordes (pauvres chatons !), tout ça fleure bon les palmiers et les promenades en décapotable le radiocassette à fond.

C’est sympa, mais ça laisse sur sa faim.

FASTER PUSSYCAT

Dernier concert et non des moindres : FASTER PUSSYCAT. Je vous l’avoue, j’en ai plein les bottes. Je viens de passer trois jours debout, à piétiner dans tous les sens, mon appareil photo est en grève, j’ai perdu mes potes dans la foule, extrêmement dense à présent, c’est la loose totale. Je me réfugie dans l’espace Royalty où j’ai trouvé une place pas trop mauvaise pour regarder le concert de loin, certes, mais assise. Parfois, il faut savoir abdiquer.

Au moins je vais voir FASTER PUSSYCAT en Live… Le rêve de toute une vie, ou presque. Ca ressemblera juste à la télé. Des membres originaux, il ne reste plus que Taimee DOWNE, mais le groupe fait le taff à la perfection.

Et la voix mes amis, la VOIX !! Elle n’a pas bougé d’un iota : les mêmes accents de chat écorché que j’adore, la même gouaille intacte… quelques dizaines d’années s’envolent subitement de mon corps, j’ai les yeux qui brillent, les phrases musicales de « Don’t change That Song », « Cathouse » et « Slip of the Tongue » m’enveloppent et me soulèvent.

Je retrouve un regain de force pour aller goûter les joies de la fosse, dans la mesure du possible, parce que la foule est dense. Je trouve un coin entre deux grands types et le mur du fond. Il n’est pas dit que je ne prendrai pas de photos, mon téléphone a un bon zoom.

Derrière ma palissade humaine, je braille avec un sourire en coin « Ouhlala… Yes I understand your french » durant the “Power & the Glory Hole”.

J’ai dû le faire avec conviction parce que Margie m’a retrouvé et m’attire vers le bar, beaucoup plus près de la scène, pile à temps pour « House of Pain ». Bras-dessus, bras-dessous, Margie, moi et l’anglaise la plus proche nous époumonons avec conviction sur la ballade la plus douloureuse que le Metal ait porté. Nous participons à une grande communion solennelle. Entre deux morceaux, je confie mon appareil aux bons soins de Robert, qui veille une bière à la main. Encore des classiques qui s’égrènent, tandis que nos petits derrières retrouvent les rebonds de leurs 20 ans. Je saute partout, sous l’œil admiratif et complice des gens autour de moi qui en font à peu près autant. J’ai beaucoup moins bu, donc j’ai plus d’énergie. Je remarque que les BITE ME ne sont pas loin, et elles aussi sont à fond sur « Bathroom Wall ». On mime, on braille, on fraternise du regard.

Mais qu’entend-je ? Non ? Si ! Ils la jouent !! « Shut Up and Fuck », la reprise des BETTY BLOWTORCH. J’essaye d’expliquer à Kit des BITE ME qu’il s’agit d’une reprise d’un groupe féminin, et que c’est une chanson féministe à la base, et lui promet de leur envoyer l’original. Je hurle le refrain tellement fort qu’à mon avis y a des mecs qui prient pour que ce soit vrai. En guise d’adieu, Taimee et moi nous séparons sur « Babylon », et Lorraine et les BLACKLIST UNION reviennent à cette occasion crier « Pussycaaaaat » dans le micro.

C’est la grosse fête de part et d’autre de la scène. Au final, voilà la setlist complète du show, parce que vous allez me la demander : “Motorbike”, “Don’t Change that song”, “Cathouse”, “Slip of the tongue”, “You’re so vain”, “Like a Ghost”, “The Power & the Glory Hole”, “Pirate Love”, “House of Pain”, “Non stop to Nowhere”, “Where There’s a Whip”, “There’s a Way”, “Bathroom Wall”, “Shut up and fuck”, “Babylon”. Je suis rouge, éreintée, essoufflée, dégoulinante, mais j’ai un large sourire vissé en travers de la figure.

C’est fini, mais c’était bien.

CONCLUSION

J’ai trouvé ma maison, ma famille, mes amis. J’ai envie de revenir, je vais revenir, puisque j’ai mes billets. J’ai envie de vous raconter comment c’était. J’ai envie de dormir, aussi, accessoirement. On se dirige vers la sortie, on dit aux revoir aux Grecs qui sont là aussi, on promet au staff de se revoir l’an prochain, j’emporte des affiches pour les prochains HRH, histoire de les coller dans les différents festoches où j’ai des contacts, et on retourne sagement à l’hôtel reposer ma carcasse fatiguée.

Demain, enfin, aujourd’hui, vu l’heure, il faudra rentrer, reprendre le train, le bus, l’avion, retrouver la France et ses 25°C, son futur concert de CELINE DION qui électrise tout le monde mais me laisse de marbre, reprendre le boulot…

Une parenthèse enchantée qui se referme avec mes paupières lourdes… A l’année prochaine Sheffield !

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