Mercredi 22 avril 2026 à Lyon

Ce soir, mercredi 22 avril, miracle : j’ai tout bien calculé. Parking repéré à l’avance, itinéraire rodé, je suis à l’heure. Ça ne me ressemble pas. Jean-Yves, lui, est déjà sur place (il a fait le tour des quais de Saône en éclaireur et confirme qu’il y a de la place pour se garer). On est à Lyon, ce n’est pas rien. Franchement, je n’en mènerais pas large seule le soir dans le coin, mais je sais qu’il me raccompagnera à la voiture après. Arrangement tacite, testé et approuvé.
Report : Ghys P.A. – Photos : Jean Yves CLUZE
Le Rock’n’Eat, c’est une adresse qui compte à Lyon. Un bar-concert planqué à Vaise, ambiance black et Metal, 300 personnes max, plafond voûté, lumières rouges, bières qui ne font pas honte. JY est un habitué — et à force de venir avec lui, moi aussi je commence à connaître du monde. Ça papote, ça rigole sur les concerts vus et à venir, ça taquine gentiment JY sur ses goûts très orientés Hard Rock des années 80… avec quelques entorses improbables à ce régime pour des mega concerts Pop Rock Glam (on ne dénoncera personne !). Bonne humeur générale. Et la salle se remplit. Vite. Ce soir, pour DIRTY SOUND MAGNET, ça va être plein à craquer.

20h30 pile, pas de première partie, pas de fioritures. Stavros DZODZOSZ à la guitare et au chant, Marco MOTTOLINI à la basse, Maxime COSANDEY à la batterie. Le trio suisse entre en scène et balance direct avec « Pandora’s Dream ». Tout le monde est à fond, public comme musiciens. Dès les premières notes, c’est une évidence : ce soir ce n’est pas la même histoire qu’à Rillieux l’an dernier. Là-bas c’était planant, contemplatif. Ici c’est physique. Ça bouge, ça pousse, ça transpire déjà.
Je suis devant — enfin, derrière la première rangée, qui compte notamment Manu, grand et imposant, j’entends quelques murmures mais il prend aussi des photos. Tout comme JY et ses 1m87 qui ne font pas l’unanimité dans les rangs derrière mais il ne fait que passer. Et tout le monde fait avec.

Et puis, au bout de quelques titres qui ont déjà bien posé l’ambiance et chauffé le public, coup de théâtre. L’ampli grille. Les plombs sautent. Arrêt total. Panique sur scène, inquiétude dans la salle. Dix minutes suspendues dans le vide où tout le monde se demande si le concert est foutu. Mais non. Ils bidouillent, récupèrent l’ampli du bassiste en guise de solution de secours. Pas question d’abandonner. On sent que ces trois-là ont connu des galères techniques sur scène et qu’ils savent garder la tête froide. Stavros prend le micro avec le sourire : « Je vais apprendre à le régler au fur et à mesure du concert. Merci pour votre patience. » Éclats de rires. Soulagement général. Et c’est reparti.
Et là, plus rien n’arrête personne. Derrière moi ça pogote à fond, un groupe compact qui s’en donne à cœur joie. Moi je suis devant, je résiste, je me décale un peu, pas question de me retrouver projetée sur la scène. Mais pas question non plus de lâcher le morceau.

Il y a une fille juste devant moi qui résume à elle seule l’ambiance de la soirée. Entre transe et danse, complètement dans son truc. Elle étire les bras sur les amplis, se fout éperdument des gens qui poussent derrière, de la scène à quelques centimètres. Elle est ailleurs.
Et franchement, je la comprends. Parce que musicalement, c’est une claque. Les morceaux s’étirent, s’envolent… « Homo Economicus »… « Dance and Die ». Les riffs qui partent en vrille et puis d’un coup ça bascule vers quelque chose de plus planant, plus psychédélique, comme sur « Calypso » ou « Long Drive ». Ces longues parties instrumentales qui rappellent ce que le Rock savait faire dans les années 70 et que peu de groupes font encore aujourd’hui.
Stavros change de guitare, annonce un nouveau morceau dans un style qu’il décrit lui-même comme « boogie-woogie oriental africain » et ça marche, complètement. La voix un peu nasillarde qui le caractérise, grimpe facilement dans les aigus et colle parfaitement à cet univers à part. Tantôt très Rock, tantôt planant, parfois les deux en même temps. Toute la salle est en transe. Moi y compris. Ça fait longtemps que je n’avais pas ressenti cette énergie-là.



Et puis arrive « Mr Roberts ». Mon titre préféré l’an dernier, celui que j’écoutais en boucle avant le concert de Rillieux. Ce soir il prend une autre couleur, plus calme, plus posée, avec de longs solos qui laissent respirer. Presque reposant après l’intensité des morceaux précédents. Personne ne s’évanouit, mais il fait très, très chaud.
22h27, fin du set. Les rappels sont enthousiastes, énergiques — forcément, ils reviennent. Stavros prend le micro : « On fait tout ces kilomètres pour voir ces visages merveilleux et toute cette énergie. » Sur scène aussi ils sont trempés, et le chanteur ne s’en cache pas, il demande au bar si on peut leur apporter trois bières. Timéo les leur apporte. Soulagement visible.

Pour le rappel, ils sortent « The Sophisticated Dark Ages », le titre qui ouvrait le concert de Rillieux l’an dernier, cette fois en clôture. La boucle est bouclée, et la salle le sent. Le poing levé, les gens se font porter au-dessus de la foule depuis la scène jusqu’au fond de la salle, filles et gars confondus. L’énergie est à son maximum, tout le monde sent que c’est la fin et personne ne veut lâcher. Moi j’ai été abandonnée en cours de route, JY ayant migré côté bar à mi-concert, trop ballotté. On fait avec.
Et voilà, c’est terminé. Presque 2h30 de concert. Tout le monde est trempé, public comme musiciens. Ils saluent, on applaudit. On ne veut pas se quitter. Mais c’est terminé.

Quelle soirée. Je ne m’y attendais vraiment pas — enfin, si, j’attendais un bon concert, mais pas ça. Pas cette intensité-là. Pas cette transe collective. Il y a un an à Rillieux, DIRTY SOUND MAGNET m’avait embarquée dans un voyage sonore planant et contemplatif. Ce soir au Rock’n’Eat, c’était autre chose. La même musique, les mêmes titres et une expérience radicalement différente. La preuve, s’il en fallait une, qu’un lieu et un public ça change tout.
Ce groupe mérite de grandir, d’être bien plus connu qu’il ne l’est en France. Ils jouaient ici même il y a trois ans, en première partie, devant cinquante personnes. Ce soir, c’était plein à craquer. La trajectoire est là. Et si un jour ils remplissent des salles de 2000 personnes — ce qui n’est pas impossible — je pourrais dire que je les ai vus dans cette toute petite cave de Vaise, et que c’était grandiose.

Retrouver JY au bar, siroter une bière bien méritée, décompresser un peu. On a chaud, on a soif, on a les oreilles qui bourdonnent, les signes qui ne trompent pas. Il a aimé, même si c’était beaucoup plus intense que la dernière fois, beaucoup plus physique que ce à quoi nous nous attendions. Pour un amateur de Hard Rock bien carré des années 80, accepter de se faire balloter dans une cave psychédélique pendant 2h30 sans broncher c’est déjà une victoire. La mienne, ce soir.
JY me raccompagne à la voiture comme prévu, arrangement tacite honoré. Il est tard, j’ai de la route, mais je repars avec cette énergie encore dans les jambes. Le genre de soirée qui met du temps à redescendre.
Un grand merci à GARMONBOZIA !
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